Tunisie : l’extinction du réseau mobile 3G prévue pour le premier semestre 2027

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iT-News (3G) – La technologie mobile de troisième génération (3G) a été déployée en Tunisie en 2010, constituant le premier réseau mobile à haut débit du pays. Côté performance, elle a été supplantée par la 4G lancée en 2016.

Les autorités tunisiennes prévoient d’engager l’extinction de la 3G à partir de la fin du premier semestre 2027. Inscrite dans le cadre de la stratégie nationale de transformation numérique, cette décision soulève des interrogations quant à ses implications concrètes pour les acteurs économiques, les institutions financières et les usagers.

L’initiative a été évoquée le jeudi 19 février par la Banque centrale de Tunisie (BCT) dans une note adressée aux banques et à l’Office national des postes. L’institution anticipe des impacts potentiels sur les équipements et systèmes reposant sur les réseaux mobiles, notamment les terminaux de paiement électronique (TPE) ainsi que les solutions associées.

« Les banques et l’Office national des postes sont invités à prendre les mesures nécessaires pour se préparer à cette étape et à se coordonner avec les intervenants concernés, afin de garantir la continuité des services et leur bon fonctionnement, et d’éviter tout risque logistique, opérationnel ou technique éventuel », précise le communiqué signé par Fethi Zouhair Nouri, gouverneur de la BCT.

Une dynamique déjà engagée sur le continent

Même si les autorités tunisiennes n’ont pas encore précisé les objectifs techniques et économiques visés, l’extinction de la 3G s’inscrit dans une dynamique continentale de rationalisation des infrastructures mobiles. Plusieurs pays africains ont amorcé ou annoncé des calendriers de désactivation des technologies anciennes afin d’optimiser l’usage du spectre et de concentrer les investissements sur la 4G et la 5G.

L’Afrique du Sud a engagé un processus progressif d’arrêt de la 2G et de la 3G. La Zambie a également annoncé des initiatives similaires. Plus récemment, l’Autorité de régulation des communications électroniques de Namibie (CRAN) a indiqué le lancement de la désactivation progressive de la 2G et de la 3G à partir de cette année. L’objectif affiché est de favoriser la transition vers la 4G, la 5G ainsi que vers des solutions satellitaires afin d’améliorer l’accès au haut débit.

La CRAN estime que ces technologies ne répondent plus aux standards modernes de connectivité et que leur maintenance mobilise des ressources importantes pour des rendements limités. Les opérateurs doivent en effet maintenir des infrastructures parallèles, parfois vieillissantes, tout en finançant le déploiement de réseaux plus performants.

La Banque mondiale partage cet avis. Dans son « Digital Progress and Trends Report 2023 », elle souligne que la suppression des anciens réseaux sans fil (2G et 3G) peut rendre les investissements télécoms plus efficaces en Afrique, en améliorant la couverture et la qualité des services. L’institution de Bretton Woods considère que le maintien de ces réseaux constitue une utilisation peu efficiente des dépenses en capital, dans la mesure où leur revenu moyen par utilisateur (ARPU) est inférieur à celui généré par la 4G ou la 5G.

Elle ajoute que l’arrêt des anciens réseaux permettrait de réaffecter les fréquences — notamment celles des bandes basses, précieuses pour la couverture étendue — à des technologies plus performantes, capables d’offrir de meilleurs débits et une meilleure qualité de service.

Un soutien au déploiement de la 5G, mais des ajustements à anticiper

En Tunisie, l’extinction de la 3G peut ainsi accompagner le déploiement de la 5G lancé en février 2025. Les autorités présentent cette nouvelle génération mobile comme un levier de transformation numérique, susceptible de stimuler l’innovation, d’améliorer la productivité et de soutenir des secteurs stratégiques.

Dans une interview accordée en février 2025 au média Leaders, le ministre des Technologies de la communication, Sofiene Hemissi, évoquait la multiplication des cas d’usage, le développement de solutions à forte valeur ajoutée et des retombées attendues pour la santé, le transport, l’énergie, l’industrie ou encore les services publics.

Toutefois, le passage accéléré vers l’ultra haut débit au détriment des technologies anciennes soulève la question de l’inclusion numérique. Selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT), la 3G couvrait 99 % de la population tunisienne, contre 96 % pour la 4G. La différence reste limitée, mais elle peut concerner certaines zones rurales ou périphériques.

Du côté des terminaux, les données de l’Instance nationale des télécommunications (INT) indiquent qu’à fin septembre 2025, les appareils compatibles uniquement avec la 3G ne représentaient plus que 5 % du parc connecté. 64 % des terminaux sont compatibles 4G, 7 % avec la 5G, 12 % avec la 2G, tandis que 12 % restent non identifiés.

Ces chiffres suggèrent un marché relativement avancé en matière d’équipement. Néanmoins, la réalité des usages peut être plus nuancée. La plupart des smartphones 4G et 5G sont rétrocompatibles avec la 2G et la 3G. Il est donc possible que certains utilisateurs disposent d’appareils récents tout en utilisant encore, pour des raisons de couverture, de coût ou d’habitudes, les réseaux plus anciens.

Au-delà des consommateurs particuliers, la 3G comme la 2G reste utilisée pour les communications machine à machine (M2M), notamment pour les TPE, les distributeurs automatiques, les compteurs intelligents ou certains équipements industriels et de transport. Reste à savoir si les secteurs concernés pourront migrer vers des solutions alternatives fiables dans les délais annoncés afin d’éviter des perturbations lors de l’extinction du réseau 3G.