– Face à l’irruption fulgurante de l’Intelligence Artificielle dans les rédactions, l’association ATMEDIA a réuni les figures de proue du paysage médiatique tunisien pour une table ronde décisive.
– Entre la nécessité d’une mise à niveau technologique et l’exigence absolue de préserver l’éthique journalistique,
– les débats ont tracé les contours d’une transition qui ne pourra se faire sans un cadre normatif rigoureux et une formation continue des acteurs de l’information.
iT-News (iA & Médias en Tunisie) – La transition numérique de la presse tunisienne vient de franchir une étape cruciale. Sous l’égide de sa présidente, Souhir Lahiani, l’association ATMEDIA (dont la vocation est l’encadrement et la mise à niveau des journalistes) a organisé au Radisson Blu Hôtel de Tunis (Ave Med V), une rencontre de haut niveau consacrée au rôle de l’Intelligence Artificielle (IA) au niveau des Médias… Entre opportunités de survie économique et périls déontologiques, les échanges ont révélé une profession à la croisée des chemins.
Une modération magistrale au cœur des échanges
La pertinence de cette rencontre doit beaucoup à la qualité de sa conduite. Rabeb Aloui, vice-présidente de l’ATMEDIA, en sa qualité de modératrice de l’événement, a orchestré les échanges avec une maîtrise exemplaire. Par une gestion rigoureuse du temps et une finesse d’analyse remarquable, elle a su créer des ponts entre les visions complémentaires des différents intervenants, transformant cette session en un véritable laboratoire d’idées structuré, fluide et productif.
1. L’Urgence de la Formation : Le credo d’ATMEDIA
Souhir Lahiani, présidente de l’ATMEDIA, a ouvert les travaux en plaçant la formation au cœur de la stratégie sectorielle. Pour l’association, l’IA ne doit pas être subie mais maîtrisée. L’objectif est clair : transformer l’appréhension des journalistes en une compétence de terrain, faisant de l’IA un « nouveau collaborateur » capable d’optimiser la performance éditoriale sans sacrifier la rigueur factuelle.
2. Le Cri d’Alarme de la SNJT : Préserver l’Humain
La représentante du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) a apporté un éclairage indispensable sur les droits sociaux et la souveraineté du rédacteur. Le syndicat s’inquiète d’une éventuelle automatisation des rédactions qui pourrait accentuer la précarité du métier et fragiliser la propriété intellectuelle des journalistes face aux modèles de langage (LLM) qui s’abreuvent de leurs contenus sans compensation

3. La Vision Pragmatique de Taieb Zahar (FTDJ)
Pour Taieb Zahar, président de la Fédération Tunisienne des Directeurs de Journaux (FTDJ), le pragmatisme est de mise. Dans un secteur confronté à une crise financière sans précédent, l’IA apparaît comme un levier de survie indispensable pour optimiser les coûts de production et de gestion. Il a toutefois rappelé un principe juridique fondamental : la responsabilité éditoriale reste humaine. « L’algorithme ne va pas en prison », a-t-il souligné, réaffirmant le rôle central du directeur de publication comme unique garant légal.
4. Le Garde-Fou Déontologique (Manoubi Marrouki)
Le président du Conseil de Presse, Manoubi Marrouki, a recentré le débat sur la valeur intrinsèque de l’information. « L’IA peut générer du texte, mais elle ne peut pas générer de la vérité », a-t-il martelé. Il plaide pour une transparence totale, où chaque contenu assisté par l’IA doit être explicitement signalé au public afin de préserver le lien de confiance, pilier de la démocratie.

5. Innovation et prospective (Ahmed Hamdi & Mahmoud El-Ghoul)
Les interventions de Ahmed Hamdi et Mahmoud El-Ghoul ont permis d’élargir la réflexion vers les structures d’innovation. Ils ont insisté sur la nécessité de créer un écosystème local capable de s’approprier ces outils. Pour eux, la transition doit être pensée de manière stratégique pour que l’IA serve la qualité et la pluralité de l’information plutôt que de mener à une standardisation des contenus.
Vers une Charte de l’IA dans les Médias Tunisiens
La table ronde s’est achevée sur une recommandation unanime, portée par l’impulsion de la modération : la rédaction imminente d’une Charte de l’IA dans les Médias Tunisiens. Ce document devra fixer les lignes rouges éthiques, interdire la manipulation d’images et définir les standards de transparence.

Vers une alliance subtile
L’avenir du journalisme en Tunisie, tel qu’esquissé lors de cette rencontre, réside dans une alliance subtile : celle de l’intelligence artificielle pour la puissance de traitement, et de l’intelligence humaine pour le discernement, l’enquête de terrain et la conscience déontologique.
Par Samir Belhassen CEO et Rédacteur en Chef du Webredactor Press Group
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